8 min de lectureL’équipe Protocolis

PHRC, PREPS, PHRIP, PRME : les appels à projets en recherche clinique

Panorama des dispositifs de financement et préparation d’un dossier solide

Illustration : croissance et financement de la recherche académique

Le financement de la recherche clinique académique : un paysage structuré mais exigeant

En France, la recherche clinique académique repose en grande partie sur des financements publics compétitifs. Les appels à projets nationaux constituent le principal mécanisme de soutien aux études cliniques portées par les CHU, les CLCC et les établissements universitaires.

Comprendre le fonctionnement de ces appels, leurs critères de sélection et les attendus d'un dossier compétitif est une compétence clé pour tout investigateur souhaitant développer son activité de recherche.

Panorama des principaux appels à projets nationaux

PHRC — Programme Hospitalier de Recherche Clinique

Le PHRC est le dispositif de financement le plus ancien et le plus structurant pour la recherche clinique interventionnelle en France. Il est géré par la Direction Générale de l'Offre de Soins (DGOS) et comprend trois volets :

  • PHRC-I (interrégional) : projets portés par un établissement de santé, avec recrutement multicentrique interrégional. Financement typique : 200 000 à 1 500 000 €.
  • PHRC-K (cancer) : projets dédiés à la recherche en oncologie, co-financés avec l'INCa. Mêmes caractéristiques structurelles que le PHRC-I.
  • PHRC-N (national) : projets à fort enjeu de santé publique portés par des équipes de niveau national, avec financement plus élevé. Instruction par le niveau national de la DGOS.

Le PHRC finance exclusivement des recherches interventionnelles (RIPH 1 et RIPH 2). Les études purement observationnelles ne sont pas éligibles.

PREPS — Programme de Recherche sur la Performance du Système de Soins

Le PREPS s'adresse aux projets évaluant des organisations de soins, des parcours de patients ou des stratégies de santé publique. Il accepte des designs variés incluant les études médicoéconomiques et les études de pratiques. C'est un appel moins compétitif en volume de dossiers que le PHRC, avec des critères d'évaluation spécifiques orientés vers l'impact organisationnel et médicoéconomique.

PHRIP — Programme Hospitalier de Recherche Infirmière et Paramédicale

Le PHRIP finance des projets de recherche portés par des professionnels paramédicaux (infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes, etc.) en lien avec leur pratique clinique. Il est géré par la DGOS et suit un calendrier similaire au PHRC. Les études peuvent être interventionnelles ou observationnelles, et doivent répondre à une question clinique directement liée à la pratique paramédicale. Le PHRIP est accessible sans co-investigateur médical principal, ce qui en fait un dispositif singulier dans le paysage des appels nationaux.

PRME — Programme de Recherche sur les Maladies Rares

Le PRME est dédié aux projets de recherche clinique portant sur les maladies rares. Il est co-géré par la DGOS et la Direction Générale de la Santé (DGS), en lien avec la filière maladies rares concernée. Les projets éligibles doivent s'inscrire dans le cadre du Plan National Maladies Rares et être portés par des équipes impliquées dans les centres de référence ou de compétences labellisés (CRMR, CCMR). Les exigences méthodologiques sont adaptées aux contraintes d'effectif propres aux maladies rares.

Appel Émergence — Soutien aux jeunes investigateurs

Plusieurs programmes de financement sont dédiés aux jeunes investigateurs souhaitant développer leur première ligne de recherche clinique indépendante. Ces appels, portés selon les régions par les GIRCI, les CHU ou certaines fondations, financent des études de faisabilité ou des projets pilotes à budget modéré (généralement 30 000 à 100 000 €). Leur objectif est de permettre à un investigateur en début de carrière de constituer des données préliminaires solides en vue d'une soumission ultérieure aux appels nationaux compétitifs (PHRC, PREPS). La lettre d'intention y est souvent la pièce centrale du dossier de candidature.

Autres dispositifs complémentaires

  • RHU — Recherche Hospitalo-Universitaire en santé : programme ANR (Investissements d'Avenir) finançant des projets ambitieux à l'interface clinique, recherche fondamentale et innovation industrielle (3 à 10 M€). Réservé à des consortiums constitués avec partenaires industriels ; nécessite 12 à 18 mois de préparation et un portage institutionnel fort.
  • FHU — Fédération Hospitalo-Universitaire : structure de coopération entre CHU et université labellisée par le ministère, visant à intensifier la recherche translationnelle sur une thématique. Le label FHU ouvre l'accès à des financements dédiés et renforce la visibilité des équipes dans les appels compétitifs.
  • IHU — Institut Hospitalo-Universitaire : instituts d'excellence à l'interface soin-recherche-formation, créés dans le cadre des Investissements d'Avenir. Les IHU disposent de financements propres et de structures de promotion intégrées — ils constituent à la fois un environnement de recherche et un levier de financement pour les projets portés en leur sein.
  • Appels INSERM / INCa / ANR : selon la thématique et le positionnement disciplinaire.
  • Appels régionaux : certaines ARS et conseils régionaux financent des projets à portée locale.

Calendrier type d'un appel à projets national (PHRC)

ÉtapePériode indicative
Publication de l'appel (DGOS)Septembre — Octobre
Soumission de la lettre d'intention (LOI)Octobre — Novembre
Retour sur la lettre d'intention (invitation à soumettre)Novembre — Décembre
Date limite de soumission du dossier completJanvier — Février
Évaluation par les expertsFévrier — Avril
Résultats et notificationJuin — Juillet
Démarrage effectif du financementT4 de l'année N ou T1 N+1

Ce calendrier implique que la maturation scientifique et réglementaire du projet doit être substantiellement avancée dès l'automne précédant la soumission. Démarrer la rédaction du dossier en décembre pour une clôture en janvier est une stratégie à haut risque.

Ce que les jurys évaluent : les critères de sélection

  • Pertinence et originalité scientifique : la question posée est-elle non encore résolue ? Apporte-t-elle une contribution significative aux pratiques ?
  • Qualité méthodologique : le design est-il adapté à la question ? Les hypothèses statistiques sont-elles justifiées ? Le calcul de taille d'échantillon est-il rigoureux ?
  • Faisabilité : le recrutement prévu est-il réaliste ? Le réseau de centres est-il constitué ?
  • Impact attendu : en quoi les résultats modifieront-ils la pratique clinique ?
  • Qualité de l'équipe et de l'environnement : l'investigateur principal a-t-il une expérience démontrée ? La DRCI est-elle structurée pour assurer la promotion ?
  • Cohérence et sincérité du budget : les jurys accordent une vigilance croissante à l'adéquation entre les objectifs de l'étude, le design, la taille d'échantillon et le budget demandé. Un budget sous-estimé est perçu comme un risque de non-réalisation ; un budget sur-dimensionné sans justification fragilise la crédibilité du dossier.

Les erreurs qui font échouer un dossier compétitif

Erreur fréquentePourquoi elle élimine le dossier
Question de recherche trop largeLe jury ne peut pas évaluer la faisabilité ni l'originalité sans délimitation précise
Taille d'échantillon sous-estiméeUn calcul de puissance optimiste signale une méconnaissance des contraintes réelles de recrutement
Réseau de centres incomplet à la soumissionUn projet multicentrique « en cours de constitution » ne convainc pas un jury sur la faisabilité
Impact clinique non articulé« Améliorer la prise en charge » n'est pas un impact — le jury attend une réponse précise à « qu'est-ce qui changera ? »
Budget mal dimensionné ou incohérentUn budget sous-estimé signale une sous-évaluation des coûts réels ; un budget surestimé sans justification fragilise la crédibilité — les deux sont pénalisants
Soumission préparée en urgenceLes incohérences entre sections et les annexes manquantes signalent un dossier non mature

Recommandations pratiques pour un dossier compétitif

  • Anticiper de 12 à 18 mois : la maturité scientifique, la constitution du réseau et la préparation réglementaire prennent du temps.
  • Constituer l'équipe dès la phase de conception : méthodologiste, biostatisticien et référent DRCI doivent être intégrés avant la rédaction du dossier, pas après.
  • S'appuyer sur des données de faisabilité réelles : enquêtes de file active, données de registre, données hospitalières — pas d'estimations théoriques.
  • Lire les rapports d'évaluation des appels précédents : la DGOS publie des synthèses qui permettent d'identifier les critères les plus discriminants d'une année à l'autre.
  • Ne pas sous-estimer la section impact : c'est souvent la section la moins bien rédigée, et pourtant l'une des plus pondérées dans l'évaluation.

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